Jérôme MIRASSOU : L’« Istria » , la Croatie pas tout à fait en mode tourisme …

L’Istria 100 by UTMB, a rassemblé en Croatie du 13 au 16 avril un beau plateau international de coureurs du meilleur niveau mondial. L’américain Jim Wamsley qui s’est installé dans les Alpes cette année avec l’objectif de gagner l’UTMB, en a profité pour pulvériser le record de l’épreuve en moins de 18 heures de course, devançant son second, le français Arthur Joyeux Bouillon de plus d’une heure. La japonaise Kimino Miyasaki termine première féminine avec sa 18ième place au classement.

Jérôme Mirassou qui avait choisi de venir courir cet ultra trail de 168 km (pour 6950 m de dénivelé positif) termine quant à lui à une intéressante 15ième place alors que cette compétition ne constituait qu’une étape de sa préparation pour atteindre ses objectifs sur les Championnats de France de 24 heures à Albi.

Jérôme, vous aviez choisi cette course avec Nicolas Boyer, ton entraîneur, pour préparer tes échéances futures sur le goudron. Tu as réalisé une belle performance. Est-ce que tu as trouvé ce que tu étais venu chercher en Croatie ?

Nous avions positionné l’« Istria » dans mon calendrier parce que nous pensions que le parcours devait être roulant. Finalement … il ne l’était pas tant que ça. Cela a constitué une surprise. J’avais même hésité à ne pas utiliser les bâtons. L’idée était de se rapprocher le plus possible de conditions de course sur la route. Au dernier moment, j’ai décidé de les prendre … J’ai bien fait !

Nous avions regardé le rapport Dénivelé / Distance, il semblait nous indiquer une tendance de parcours plutôt roulant. C’est un ultra avec moins de dénivelé que des compétitions telles que l’UTMB ou la Diagonale, mais il comporte des sentiers cassants, qui tournent dans tous les sens.

En fait, dans ce coin de la Croatie, tu peux trouver des pistes encore plus larges que nos voies vertes par exemple, que tu quittes pour des sentiers érodés, sinueux. C’est ce qui qui m’a surpris.

Comment s’est déroulée ta course par rapport aux objectifs que tu t’étais donnés ?

Avant la course, je n’avais pas d’objectif de temps ou de place. Je n’avais pas de stratégie du type : calque ta course sur tel ou tel concurrent. L’objectif était de tenir le plus possible des allures autour de 12 à 13 kilomètres à l’heure. Ce n’était pas du tout d’être à la bagarre avec des concurrents pour gagner des places.

Le plateau des coureurs était très relevé. Jim Warsley était le favori. Il a fait exploser le chrono de l’épreuve. L’« Istria » fait partie de ces courses sous la bannière de l’UTMB qui rapportent des points pour participer à la manche de Chamonix. Les premiers, parmi lesquels se trouvaient des coureurs de très haut niveau, ont pris un départ très rapide. Je ne les ai pas du tout suivis. C’était volontaire. Je suis parti très tranquillement, mon objectif était de réaliser une course régulière, intégrée dans ma préparation pour la longue distance sur le goudron. J’ai géré la première grosse difficulté très tranquillement, sans souci, sans souffrir, sans aller chercher mes limites.

Les 20 derniers kilomètres étaient roulants, j’ai réussi à lutter contre cette fatigue musculaire qui finit toujours par arriver, je n’ai pas marché, j’ai toujours couru à une allure la plus régulière possible. C’était un effort qui ressemblait un peu à ce que tu preux ressentir sur la fin d’un 24 Heures.

J’ai réalisé 22 Heures 30 d’effort, avec des arrêts courts, sur un rythme régulier.

Je n’ai pas du tout dormi. Mes arrêts n’excédaient que rarement les 5 minutes. L’objectif était de ne pas s’arrêter, de trottiner au moins, tout le temps.

Comment t’es-tu senti pendant la course ?

Vraiment, mes sensations étaient très bonnes. Je n’ai eu aucune crampe, je n’ai pas eu de souci digestif. Je n’ai ressenti qu’une fatigue musculaire sur la fin du parcours. Cette fatigue, elle s’explique assez facilement par le parcours qui n’est pas anodin, mais il faut dire aussi que lors de ma préparation, je n’avais pas réalisé un très gros volume en dénivelé puisque ce type de course n’est pas mon objectif premier cette saison.

Participer à l’«  Istria » était pour toi aussi l’occasion de découvrir une région de Croatie que tu ne connaissais pas. Est-ce que cela peut donner envie à d’autres coureurs ?

De ce point de vue-là, également, je n’ai pas du tout regretté mon choix. Le parcours est varié. Il offre de belles vues depuis des crêtes. Tu traverses des forêts, de la végétation méditerranéenne. Nous sommes aussi passés par de jolis villages très anciens qui jalonnent ce parcours. Le départ ayant été donné à 17 heures, je crois que des paysages sur le début de la course sont sympas, mais je les ai passés de nuit … C’est assez sauvage, cela ressemble à des courses dans le Sud Est de la France.

Ce qu’il faut ajouter aussi, c’est que comme pour toutes les courses labellisées UTMB, l’organisation est très professionnelle. Depuis la remise des dossards jusqu’à l’arrivée, en passant par les ravitaillements et le balisage, tout est parfait.

Ceux qui te suivent sur Strava ont pu repérer que tu avais fait un footing tranquille dans les rues de Venise à quelques heures de l’ « Istria » …

Du point de vue de la logistique, nous avions repéré qu’il était intéressant de passer par l’aéroport de Trévise, de louer une voiture et de se rendre ensuite sur le lieu du départ de la course qui n’était finalement qu’à deux heures de route. Nous en avons profité pour rester un peu à Venise … En effet, j’ai pu faire mon dernier footing d’avant compétition à Venise, c’est plutôt sympa ! Ce n’était pas une période de sur fréquentation touristique et la météo était douce. C’était vraiment agréable.

Revenons un peu sur ce choix de préparer des 100 km et des 24 Heures en courant des ultra trails …

C’est vraiment une stratégie que nous avons suivie de ne pas trop courir sur le goudron. Je suis la préparation d’autres coureurs de l’équipe de France de 100 km ou de 24 heures, je vois bien que certains font des choix très différents. Par exemple, je sais que Céline Léger, une très bonne coureuse, sort d’une course de 80 km à allure 24 Heures. En ce qui me concerne, je pense que cette accumulation de kilomètres sur le goudron, m’occasionnerait des risques de blessures. C’est très traumatisant. C’est un pari que nous avons fait. A nous de trouver des objectifs de course, des allures qui nous rapprochent des standards de durée, d’allure des courses longues distances sur le goudron. Et puis, j’aime cette variété de parcours … et j’aime la montagne !

Comment as-tu effectué ton retour à l’entraînement à ton retour de Croatie ?

Normalement, après un Ultra de ce type, je coupe mon entraînement deux semaines. Là, nous avions prévu avec Nicolas une reprise très rapide. C’est ce que j’ai fait. Au bout de deux jours, j’ai fait une sortie à vélo et le jour suivant, c’était la reprise de la course à pied. Cela fait un peu plus de quinze jours que je suis rentré de Croatie, cette semaine, j’ai de la course à pied tous les jours et dimanche, c’est le Marathon de Biarritz qui devrait être au programme.

Participer à des courses qui ne sont que des étapes dans la préparation d’autres objectifs, est-ce que ce n’est pas un peu frustrant pour un compétiteur comme toi ?

Ce sera aussi le cas pour le Marathon de Biarritz que je vais courir après une grosse semaine d’entrainement, de même que j’enchainerai avec une semaine plutôt studieuse ! Cela veut dire qu’en fait ce marathon est totalement intégré dans un gros bloc en vue de la prochaine échéance …. Et il n’en constitue qu’une étape. (Finalement, Jérôme ne participera pas à cette compétition pour ne pas aggraver une petite douleur à une cuisse).

C’est une pratique de plus en plus courante dans ces disciplines de course à pied. Par exemple, quand un coureur comme Loïc Robert qui est en équipe de France du Kilomètre Vertical, termine 5ème sur la dernière course à la Rhune. Certains spectateurs peuvent peut-être penser qu’il réalise une contreperformance, qu’il est grillé … Mais quand tu le suis un peu, tu sais qu’il est sur une très grosse période d’entraînement et qu’il est allé sur cette course avec des copains… Personnellement, je trouve que c’est très sain. D’autant plus que cela participe aussi de ta progression : tu fais ta course en étant fatigué et avec ta forme du moment. C’est un état d’esprit qui te servira forcément plus tard, sur d’autres compétitions. Cela fait partie de ton vécu, de ton expérience.

Un autre exemple avec Guillaume Ruel, qui vise le titre mondial sur 100 km et qui vient d’enchaîner plusieurs marathons. Quand tu regardes son dernier chrono, tu peux te dire que finalement ce n’est pas si bien que ça pour un athlète de ce niveau, mais quand tu sais le volume d’entraînement dont il sort dans la semaine qui a précédé, là tu te dis, ah, oui !

Je crois que c’est une dimension qui se travaille depuis tout jeune. J’ai vu, sur une course cycliste à laquelle participait Baptiste, mon fils, le champion départemental U15 qui a eu un ennui mécanique très rapidement au début de la compétition. Il est reparti avec du retard. Il a parcouru 5 tours du circuit, tout seul, à essayer de revenir sur le peloton. Il n’y est jamais parvenu, il n’a pas abandonné, il s’est accroché et il a terminé. Pendant ce temps, sur la même course, d’autres participants, voyant qu’ils ne pourraient pas réaliser une place intéressante, ont, eux, jeté l’éponge. Je suis sûr que pour ce jeune, cet état d’esprit, cette volonté de s’adapter, de ne rien lâcher, lui servira pour de futures compétitions, même si sur cette course, il n’aura pas pu faire un résultat intéressant.

Deux mots pour revenir sur ta dernière compétition, le triathlon de la Pyrénéa, sur laquelle tu as été contraint à l’abandon, victime des séquelles d’une grosse grippe alors que tu étais à la bagarre avec l’Espagnol qui a gagné à Gourette :

Oui, je n’avais vraiment plus de force. Cette édition de la Pyrénéa m’a laissé frustré, c’est sûr ! … Je suis rentré chez moi en mode bien dépité … Et puis, pendant que je rangeais mon matériel, mon fils a pris son vélo et il est parti rouler. De voir ces coureurs passer devant la maison lui avait donné envie de faire une sortie. Je me suis dit qu’après tout, la flamme n’était pas éteinte ! …

Pour en savoir plus sur l’Istria 100 by UTMB :

https://istria.utmb.world/

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