Nicolas Craveiro retour sur l’Ultra de l’Euskal trail

Cette édition de l’Ultra trail de l’Euskal (130 kilomètres pour plus de 7500 m de D+) constituait la première grosse échéance dans la saison de Nicolas. Il retournait sur cette course sur laquelle il avait terminé à une très belle 5eme place l’an dernier, avec l’objectif de l’intégrer dans un très gros bloc de préparation en montagne. Mais la météo en a finalement décidé autrement.

Nicolas, tu as été contraint de modifier tes prévisions après cet Euskal.

J’avais pour projet, à l’issue de l’Ultra, de revenir jusqu’à Gabas par le GR 10 afin de réaliser un très gros bloc de course en montagne. Mais la météo des jours derniers n’était pas bonne. Il avait beaucoup neigé sur le secteur de la Pierre St Martin et au-dessus de 2000 m en général. J’avais donc mis de côté, par mesure de sécurité, cet objectif et je pensais revenir jusqu’à Ste Engrace. Ce qui faisait une centaine de kilomètres supplémentaires. En plus, j’avais Céline (Berécochea) et Benji (Séguélas) qui allaient se relayer pour effectuer ce retour avec moi. Cela aurait pu être sympa.

A mon arrivée à Baïgorri, une fois le repas pris, il était presque une heure du matin. J’étais fatigué et je ressentais un gros besoin de dormir. Ce contexte m’a amené à prendre la décision de ne pas repartir. J’avais également très envie de voir mes copains Max (Cazajous) et Baptiste (Hagnere) courir le second temps de l’Euskal, ce que je n’ai quasiment jamais l’occasion de faire.

Je suis donc resté à Baïgorri et j’ai profité de l’ambiance sur le village de la course. J’ai pu boire un coup avec les copains.

A dix heures du matin, franchement, j’avais récupéré, j’avais dormi, j’aurais pu repartir. J’aurais pu être déçu de ne pas réaliser mon projet initial, mais rester dans cette ambiance m’a fait beaucoup de bien à la tête !

J’ai regardé ce que les coureurs qui étaient autour de moi à l’arrivée avaient fait les jours qui ont suivi l’Ultra : ils n’ont rien fait. Pour ma part, j’ai repris le vélo dès le dimanche.

Tu nous avais dit que le changement de tracé du parcours t’avait motivé pour revenir sur cette édition 2023.

Le changement de parcours a, selon moi, durci la course. L’an dernier, sur les 45 derniers kilomètres, à partir de Roncevaux, le parcours reprenait le Chemin de St Jacques, sur de grands boulevards très roulants, ce n’est pas un profil que j’aime beaucoup, même si j’avais réalisé une jolie 5ème place. Cette année, sur le 95ème km, les organisateurs ont placé une montée bien raide dans la pente. Lors de la remise des dossards, ils nous avaient un peu prévenus, ils conseillaient de garder un peu de jus pour cette dernière difficulté. Cela a encore rajouté au caractère typé montagne avec aussi une descente bien technique sur laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir.

Cet Ultra de l’Euskal constitue vraiment une belle course pour lancer ma saison. Le dénivelé annoncé était de 7500 m … le réel était de 8300 m, ce qui constitue un écart pas anodin ! Les organisateurs nous avaient un peu prévenus … mais à ce point …

Comment s’est déroulée ta course ?

La course cette année était beaucoup plus relevée. Devant, tu trouves évidemment Benat Marmissolle, mais derrière lui, les gars sont très costauds. Derrière moi, j’ai Oscar Pérez qui a gagné le Tor des Géants, il a une belle carte de visite !

Au niveau des conditions météo, c’était favorable à la course, surtout par rapport à ce qui avait été prévu. Nous n’avons pas eu de pluie. Il n’a pas fait trop chaud non plus.

Le départ de la course a été vraiment lent. Tout le monde s’attendait à ce que Benat Marmissolle mette une « mine » très rapidement. Il n’en n’a rien été. On a couru ensemble un bon moment dans le groupe des 10 premiers, toute la première montée. Puis cela a été la descente, c’était technique, et là, il a vraiment été impressionnant ! Il n’y a eu personne pour le suivre, il va vraiment trop vite ! Il a une qualité de pied tout à fait hors norme !

Pour ma part, tout s’est bien déroulé. Je n’ai rencontré aucune difficulté.

Je n’ai pas eu de coup de mou. Je devais être à la 17ème place au premier pointage, je suis resté tout le temps dans le même groupe de coureurs. Je suis remonté progressivement, je suis 8ème à l’avant dernier pointage, mais nous sommes plusieurs dans un mouchoir de poche.

En échangeant avec toi, on peut sentir comme une petite pointe de frustration …

Depuis mon retour du « Tor, des Géants » c’était mon premier vrai test sur un Ultra. Je me rends compte que je n’ai plus ma tête de l’an dernier. J’ai plus de mal à me motiver, je n’ai pas cette adrénaline que j’avais. Je ne suis plus dedans. Je n’ai pas ce truc en plus qui m’amenait à me dépasser. Je suis plus en gestion, je n’ai plus cette gnaque…

Je me souviens, l’an dernier, sur cette même compétition, je vais chercher le mec qui finit septième, je vais chercher Jocelyne (Pauly) et je la dépose, elle finit juste derrière moi.

Je m’entraîne parce que c’est complètement devenu une routine pour moi, que je ne peux pas m’en passer, c’est « normal » de sortir m’entrainer.

Je me rends compte que pour moi, le « Tor » représentait une course mythique que j’avais vraiment envie de courir. La « Swiss Peacks » qui est mon gros objectif de la saison, est une course beaucoup plus récente. Même si j’ai toujours eu envie d’aller courir en Suisse, elle n’a pas encore l’aura du « Tor », même s’il y a plus de dénivelé et plus de distance.

J’en ai parlé avec Nicolas (Boyer), il me conseille d’essayer de trouver le plus possible des coureurs pour ne pas m’entrainer tout le temps tout seul. Il faut que j’essaie de croiser des agendas pour voir si des copains ont des disponibilités pour réaliser au moins des parties de sorties longues avec moi. Je vais aussi me rapprocher de Sébastien Bénédine, le préparateur mental qui travaille avec nous dans le groupe « Esprit Sports ».

Mon objectif pour le moment est de retrouver le plaisir de repartir en montagne, même si je n’ai plus cette extase.

Après, je ne suis pas non plus au fond du seau ! Je suis content sur ma course, je suis content d’être là. Comme je l’ai dit j’ai apprécié le parcours. J’aime toujours autant courir dans les montagnes basques. Mais je ne me suis pas tapé dedans… Au niveau du classement, même si je fais une jolie 11ème place, je pense qu’avec mon état d’esprit de l’an dernier, j’aurais pu finir dans les 7.

Pour revenir sur l’Euskal, c’est quand même une course qui te plait.

L’Euskal, c’est vraiment une manifestation que j’adore. Les bénévoles sont top. La qualité du balisage est excellente. Il y a aussi beaucoup de monde pour t’encourager. Quelle effervescence dans le village ! Il est rare de voir autant d’ambiance sur une course autour d’une buvette. Je me suis vraiment régalé le lendemain de ma course, à rester au milieu de cette ambiance.

Ce que je veux mettre en avant aussi en ce qui concerne l’organisation, c’est qu’ils ont une manifestation qui est super rodée, qui fonctionne très bien depuis des années, qui attire beaucoup de trailers et malgré cela, ils essaient toujours d’innover. Cela a été le cas pour le tracé de la fin de l’Ultra, mais ils ont également ajouté le 65 kilomètres cette année. Ils ont aujourd’hui un très large panel de distances, avec des compétitions sur deux jours, avec une course de nuit, une course pour débutants. Cela veut dire que tu as tout le temps du monde en course sur ces deux journées, ce qui participe aussi de donner cette animation sur ces deux jours. Et puis ces compétitions qui se courent par binômes sont quand même la marque de fabrique de l’Euskal depuis ses origines.

Ceux qui te suivent sur les réseaux sociaux sportifs ont pu voir que tu avais repris l’entraînement très rapidement après ton ultra … C’est le moins que l’on puisse dire !

Après l’Euskal, j’ai très vite récupéré. Comme je l’ai dit, dès dix heures le lendemain, j’aurais pu repartir pour réaliser mon gros bloc en montagne J’ai fait un peu de vélo dans l’après-midi, puis la reprise de la course à pied est intervenue directement dans les jours qui ont suivi.

J’ai prévu de faire une grosse sortie reconnaissance sur le parcours du 61 km de la Montan’Aspe qui se court le 10 juin. Les organisateurs m’ont invité, je vais essayer de participer, mais sur ce week-end-là, je travaille et je ne sais pas si je pourrais me faire remplacer. C’est toujours délicat de demander à des collègues de modifier leur agenda, surtout pour des dates aussi rapprochées.

Mon prochain gros objectif, c’est le Val d’Aran le 7 juillet. Je pense aller faire un gros bloc en repérage au moins des 100 derniers kilomètres, les 12 et 13 juin.

Pour en savoir plus sur les courses dont parle Nicolas :

Le trail du Montan’Aspe : https://www.trail-montanaspe.com/

Le Tor des Geants : https://www.torxtrail.com/fr/content/tor-des-g%C3%A9ants%C2%AE

La Swiss Peacks : https://swisspeaks.ch/360k/

Le Val d’Aran by UTMB: https://valdaran.utmb.world/fr

L’Euskal: http://www.euskalraid.com/